La valorisation touristique des métiers d’art dans un territoire passe par la mise en réseau d’un ensemble d’acteurs, comme on l’a vu pour l’offre d’accueil du patrimoine pour les tournages de films, qui généralement ne se connaissent pas et ne partagent pas une même vision du territoire. Professionnels des métiers d’art (PMA) et professionnels du tourisme ont même a priori des intérêts non convergents. En effet, si les premiers peuvent être aux yeux des seconds des marqueurs de territoire, dont la promotion peut aider à diversifier l’image et l’offre existantes, la conséquence de l’exposition touristique d’un atelier sera de générer au « profit » de celui-ci un flux de curieux… qui rarement s’avèreront être des clients.

Il convient de ne pas perdre de vue que l’excellence des savoir-faire détenus par les professionnels des métiers d’art les conduit à chercher à créer, reproduire ou restaurer des objets de qualité, pièces uniques ou petites séries, à forte valeur ajoutée culturelle et économique. On est donc loin a priori de l’univers de l’objet touristique ou de l’objet souvenir.

Cependant, là où les ateliers d’artisans d’art et les touristes sont nombreux, des actions d’information ou de formation peuvent être utilement proposées aux Professionnels des Métiers d’Art , pour les sensibiliser aux opportunités du tourisme. A chacun ensuite, seul ou en réseau, de mettre librement en œuvre une stratégie : accueil du public dans l’atelier, création d’une boutique individuelle ou collective, adhésion à une route touristique, création d’une gamme d’objets à destination des touristes, offre de prestation de loisirs créatifs, etc.

Dans tous les cas, l’exposition touristique d’un atelier ne peut s’envisager sans qu’en amont le professionnel en ait bien mesuré toutes les conséquences (avantages et inconvénients) et pris les décisions qui en découlent : comportement à adapter, investissement à réaliser, etc. Il est en effet insupportable pour tout le monde qu’un excellent professionnel, installé dans le secteur sauvegardé d’une petite ville réputée pour son patrimoine et ses « échoppes d’artisans d’art » ferme son atelier (qui plus est, mis à disposition par la municipalité), au prétexte de l’envahissement estival de « suceurs de glace » qui le déconcentrent et l’empêchent de produire à force de questions béotiennes ! Telle est pourtant la réalité vécue par nombre de PMA, qui iront alors jusqu’à reprocher (non sans raison) leur instrumentalisation par les professionnels du tourisme et les élus locaux…

Une démarche de valorisation touristique des métiers d’art doit toujours être envisagée comme une action de développement local. Cela signifie en particulier qu’il est important de prendre le temps de l’écoute et du dialogue, pour aboutir à un projet intégré, compris et souhaité par tous les acteurs, et motivé par la recherche des conditions d’un partenariat gagnant/gagnant entre métiers d’art et territoire. Mais l’expérience apprend que la chose n’est pas aisée : la multitude des métiers et des situations professionnelles au sein de ces métiers, couplée à un assez grand individualisme, rend difficile la construction d’un projet collectif de valorisation touristique des métiers d’art. Les difficultés sont nombreuses, la toute première étant d’arriver à sortir les PMA de leur isolement et des les aider à bâtir entre eux un diagnostic et une stratégie partagés. D’ailleurs, l’observation des expériences les plus anciennes de « pôles métiers d’art » (initiées au début des années quatre-vingt-dix) apprend que les démarches réussies sont celles qui ont permis de répondre à l’attente d’un groupe de professionnels des métiers d’art désireux de trouver une réponse collective à leurs besoins et préoccupations individuelles, dont la toute première : commercialiser, grâce à meilleure visibilité de leurs savoir-faire et de leurs ateliers.

Une voie possible, pour arriver à mettre en place un projet partenarial à l’échelle d’un territoire (intercommunalité ou Pays, par exemple), réside dans la mise à disposition (par une collectivité) d’un espace collectif bien situé, dans un site de qualité (idéalement, un village ou un centre historique à fort potentiel de tourisme culturel). En effet, à partir d’une fonction de vitrine permettant un renvoi du public vers les ateliers, voire d’une fonction de boutique, il pourra être concrètement constaté par les PMA l’intérêt (ou non) d’une exposition vis-à-vis de la clientèle touristique (et locale). Dès lors, entre artisans, acteurs touristiques et institutionnels (office de tourisme, élus et techniciens de collectivités locales, chambre de métiers et de l’artisanat, etc.), un dialogue pourra s’instaurer ; d’autant que l’existence d’une vitrine collective sert aussi le territoire : elle le qualifie, l’anime, enrichit son image, accroît son attractivité, peut constituer le support de diverses actions (notamment pédagogiques), etc.

Enfin, il peut être indiqué que, de plus en plus fréquemment, les espaces collectifs (du genre « Maison des métiers d’art ») ajoutent à leur fonction première de vitrine des produits et des savoir-faire locaux :


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